09 janvier 2008
Bolivia, un pays en ébullition
Ola los franchutes!
Même s'il y a une trêve pour les fêtes
de fin d'année, nous souhaitons vous dire quelques mots sur la situation
politique en Bolivie, comme promis… c’est un peu long, mais difficile de faire court. 1 mars
à celui qui ira jusqu’au bout du texte !!!
Nous hésitions
à prendre la route vers le pays car fin novembre de violents affrontements avec
3 morts, se sont déroulés dans la ville de Sucre que nous avons quittée le
27/12/07.
Avant
d’essayer de vous raconter ce qui se passe en ce moment dans ce pays, quelques
brefs rappels d’histoire…
Il
était une fois un territoire de la
région centrale du continent sud-pas encore-américain qui était peuplée de
divers groupes humains plus ou moins nombreux et étendus, arrivés vers 16000
ans avant JC d’asie et ayant traversé tout le continent du nord vers le sud. Ce
bout de territoire était et est toujours fort contrasté.
Il y
avait (et il y a toujours) les habitants des plaines tropicales, de la jungle
et des marécages du Chaco, à l’est, peu nombreux mais divisés en une trentaine
de peuplades tous avec des langues différentes (dont les guaranis).
Ces
habitants se mêlaient peu aux habitants des montagnes, vers l’ouest, constitués
de différents peuples mêlangés par des conquêtes et des empires successifs. On
peut citer les Aymaras, les Tihuanacu qui, partis du lac Titicaca formerent le
premier empire de la région entre 0 et 1000 environ. Puis vinrent « les
enfants du soleil »(d’où le dessin animé), les Incas vers 1300 depuis leur
capitale Cuzco (« le nombril du monde » en quechua, leur langue, dans
l’est de l’actuel Pérou). Le plus grand empire était a son apogée couvrant la
chaine andine (l’Inca ne descendit pas de ses montagnes), allant de l’actuelle Colombie
jusqu’au milieu du Chili, en 1527 quand les premiers espagnols, assoifés d’or
sont arrivèrent dans le coin. Il ne suffit que de quelques mois a Pizzaro et
une poignée de conquistadores, apportant des virus dans leurs bagages, variole
en tête, pour reduire l’empire en esclavage et construire des églises sur les
fondations des temples détruits.
La
colonisation s’est faite dans la violence et la brutalité. Les
« indigenas », occupés par les incas ignoraient le commerce, la
notion d’enrichissement personnel. L’empire autoritaire s’occupait de gérer et
répartir tout : population, vivres, biens manufacturés... Donc le choc fut
rude en voyant débarquer ces barbus en armures sur leurs chevaux, ne pensant
qu’a l’or et l’argent. Des quantités innomables de richesses furent extirpées
des trésors et temples des Incas puis des mines (Potosi entre autres)...
Suite
de l’histoire, les espagnols s’installent avec un vice roi à Lima pour gérer le
pillage et l’évangélisation… Les populations indigènes se réduirent comme peau
de chagrin… Essayant tout de même de se révolter, comme vers 1572 avec a leur
tête Tupac Amaru 1er (l’inca, pas le gangsta-rappeur
newyorkais !!) . Puis les idees de la revolution francaise faisant
leur chemin, les « criollos » et autres « mestizos »
(métis) commencèrent à se dire partout en Amérique du sud, qu’ils pourraient
vivre tranquillement et gérer leur affaires tous seul sans les maudits
spaniols… On l’a vu avec San Martin en Argentine, de la même manière Simon
Bolivar partit de son Venezuela natal
avec son armée de mercenaires pour botter les espagnols. Chose faite en 1825,
non sans difficultés. Mais le rêve de Bolivar d’une Amérique unie
s’écroula devant les volontés régionales, et donc les territoires se séparèrent
en multiples nations. Le Haut Pérou déclara son indépendance, avant de
s’appeller Bolivia, en référence à qui vous savez…
Voili une tiote carte pour vous
permettre de visualiser le truc :
Dans
tout ce processus les populations indigènes n’eurent pas vraiment leur mot à
dire, comme dans la politique de cet état naissant. La démocratie étant plus un
idéal de quelques intellectuels, et non une volonté du peuple, l’armée
s’engouffra dans le vide laissé pour gouverner. S’en suit une succession
ahurissante coups d’états, de dictateurs et de généraux présidents, soit fous
ou autoritaires, avec une durée aux affaires des plus courtes (le 4eme
president fut assassiné au bout de 4 jours aux affaires)!! La Bolivie serait le
pays qui a connu le plus de coups d’états au monde !!! Donc de l’un des 20
plus riches pays de la planète à son indépendance, la Bolivie est aujourd’hui
le pays le plus pauvre du continent américain. De plus, sur le plan économique,
la fin de l’influence espagnole laissa la place libre aux anglais puis aux
« estasuniensos » (yankees), créant des alliances pour contrôler le
pays et continuer le pillage des ressources… Il y eut même des alliances avec
les gouvernements Chiliens, Brésiliens, Argentins..., pour encourager des
conflits locaux, ce qui fait qu’en 1900, le pays a perdu la moitié de son
territoire et son accès à l’océan pacifique au cours de différentes guerres…
La suite, coups d’états, etc…
Avec une tentative du Che Guevara de créer un « nouveau vietnam » en
1967, sans grand succès. La CIA et l’armée bolivienne aura sa peau, et El
Commandante sera abattu, montré en trophée et enterré du côté de Vallegrande.
La
démocratie revient en 1982, et est restée depuis. La presse est libre (le pays
figure en bonne place dans le classement de reporters sans frontières, 68ème/169).
Reste la question des populations indiennes, les « indigenas »comme
on dit ici. Difficile de savoir leur proportion, selon qu’ils se considèrent
métis ou non. De 20 à 60%. En tout cas la Bolivie est le pays du continent le
plus « indigène ». Leur combat pour une reconnaissance culturelle,
des droits sociaux, bref, pour avoir une place dans ce pays s´accentue dans les
années 1990. Un des pôles de cette lutte est celui du combat des
« cocaleros », ou cultivateurs de coca, la plante maudite de Washington,
dont un certain Evo Morales. On reviendra sur les enjeux autour de la coca…
A force de combats, avec des grèves et des
« bloqueos » (blocages de routes, le sport national ici !), « Evo »,
comme on l’appelle se hissa à la tête du principal parti de gauche du pays, le
MAS ( Movimiento Al Socialismo). Un parti de « gauche » oui, mais
surtout formé de coalitions d’associations et fédérations de paysans, mineurs
indigènes. Donc le combat du MAS est surtout un combat de reconnaissance
indigène, qu’on a du mal à assimiler à la gauche d’autres pays (Argentine, ou Europe…)
où même à la révolution cubaine, ou à la révolution bolivarienne de Chavez au
Venezuela.… Un combat de cette majorité pauvre, jamais entendue auparavant,
vivant surtout dans les hauteurs froides et inhospitalières de l´Altiplano, à
l’Óuest du pays. En face le pouvoir en place (politique alors et toujours
économique), celui de la bourgeoisie descendant des colons espagnols a vu son
influence s’amoindrir. Le constat est caricatural, mais on sent bien cette
cassure en se baladant dans ce pays… Les « campesinos » semblent
vouer un vrai culte à cet homme providentiel qui leur rendra leur dignité. Les
slogans fleurissent sur les murs, en campagne. « Somos MAS ! EVO
presidente » etc… (les hispanophones auront compris le jeu de mot sur MAS :
« nous sommes plus »)…
La
Bolivie a connu un changement politique majeur depuis l'éléction d’ Evo Morales
fin 2005 à la tête du pays. Il est le premier amérindien à accéder à la
présidence. Il porte l'espoir d émancipation de nombreux Sud Americains a
l'égard de grandes nations occidentales mais aussi du peuple indien.
Dès
2006, Evo s'engage à mettre en place la « révolution démocratique et
culturelle ». Il souhaite entre autres controler les ressources naturelles
(eau, hydrocarbures, minerais…), dépénaliser
la feuille de coca, reconnaitre les cultures amérindiennes.
La
nationalisation des hydrocarbures, (le pays a du pétrole et possède le deuxième
gisement de gaz du continent après le Venezuela), qui est plus une rediscution
des contrats avec les firmes étrangèrs, qu’une réelle nationalisation, et la
création de taxes sur les exportations de minerai rapporte beaucoup d'argent à l'état.
Comme dit Evo, « le but est de faire cesser le pillage de nos ressources.
(…) La Bolivie n’a plus de maîtres, mes des partenaires ». Cette manne
permet des avancées sociales, ce qui fait que la moitié des boliviens a droit
désormais à une couverture médicale publique (entre autres les moins de 5 ans
et les plus de 60, les femmes enceintes, et les habitants de deux des plus
riches départements.). De plus cet argent, ainsi que la coopération
venezuelienne permet de financer des projets locaux de développement (programme
d’alphabétisation de masse, infratructures de transports etc..).
Par
ailleurs, le gouvernement bolivien a établi un statut de bien public non
privatisable pour les ressources en eau potable, ouvrant la voie vers la
reconnaissance d’un « droit à l’eau » sur le plan international.
Pour
concrétiser les réformes et aller plus loin, le MAS décide d’engager le pays en
aout 2006 dans un processus de rédaction d’une nouvelle constitution, par
l’élection d’une assemblée constituante. Ces 255 députés comportent 87 femmes,
dont la présidente, Silvia Lazarte, une indigène. Le MAS y est largement
majoritaire, permettant une concrétisation de son projet de « refondacion »
de la société bolivienne, non plus sur le modèle libéral lors de son
indépendance, mais bien à l’image de la société indienne…
Les
enjeux sont énormes:
- reconnaissance de nations
autochtones, faisant de la Bolivie un état « unitaire, plurinational et communautaire ».
Les mots pèsent lourd.
- la question des autonomies locales : départementales, communales, et indigènes
- contrôle sur les ressources naturelles
- renouvellement des institutions de l Etat
Pour
la première fois, on donne donc un pouvoir plus important aux communautés
autochtones (indiennes), qui sont en Bolivie majoritaires, ce qui contribue à renverser
la hierarchie sociale.
Au
coeur du débat: la reconnaissance et les pouvoirs à accorder aux peuples
autochtones et afro-descendants, c'est à dire, leur droit a l'autodétermination
à l'intérieur du territoire bolivien pouvant impliquer entre autre la
restitution de territoires ancestraux, l'autogouvernement sur ces territoires
et le pluralisme juridique, politique, culturel et linguistique en Bolivie. Les
34 langues indigènes en plus de l’espagnol deviennent langues officielles. Et il
y aura donc si la constitution est ratifiée par référendum en mai prochain,
cohabitation de plusieurs systèmes judiciaires indigènes et ordinaire, voire sur
le plan politique nomination d’autorités locales indigènes selon les habitudes
ancestrales, et non avec les règles de la démocratie. Pour quelles compétences ?
Et comment articuler les différents systèmes ? Nous ne sommes pas rentrés
dans le détail, mais cela semble bien compliqué…
Autre
point épineux: celui de l'autonomie d'épartementale que les regions les plus
riches, à majorité « criollos » et métis, sollicitent, telle Santa
Cruz, la capitale économique du pays, à l’est, qui a proclamé son indépendance
le jour où nous entrions dans le pays. (le 15/12/07). Les autorités cruzeños
refusent la notion d’autonomie indigène et réclament une autonomie
départementale pour pouvoir profiter de leurs richesses. (la région produit des
hydrocarbures).
Tout ça,
provoque donc aujourd'hui des débats violents et parfois des tensions graves
lors de manifestations. Comme a Sucre fin novembre, lieu de siège de l’assemblée
constituante. Malgré cela, le processus constitutionnel continue, la
constitution a été votée le 9 décembre à Oruro, sans la participation de l’opposition
qui a boycoté le vote… Où a été empéchée d’accéder à l’assemblée par des
mineurs, partisans d’Evo ?? Les versions divergent selon qui raconte les
faits… Car s’il est bien une crainte ici, c’est que ce processus divise un pays
sur le bord d’éclater. Une peur fort répandue. Les manifestations, les
confrontations entre différents camps radicalisés sont de plus en plus
violentes, avec batailles rangées. Comme ici à Cochabamba il y a un an
exactement. Une plaque commémorative se trouve à l’endroit où un étudiant
cochabambino de 18 est mort…
Dans ces organisations, on peut citer l’union juvénile de Santa Cruz (UJC), de plus en plus décrite par les médias comme une organisation fasciste, soutenue par des élus de cette région qui n’hésitent pas a dire que « Dans ce pays, bientôt il faudra mettre des plumes pour exister »… No comment. De l’autre côté, les campesinos sont fortement structurés, dont le groupe des « ponchos rouges » qui en lynchant et égorgeant un chien devant des caméras, ont déclaré que les opposants au processus constitutionnel en cours subiraient le même sort. Hum hum… C’est bien ce que reprochent les modérés et la classe moyenne à Evo, sa propension à manipuler et utiliser à son propre compte les masse de campésinos, assoiffés de justice sociale et de reconnaissance, mais malléables à merci, pour gêner l’opposition et avoir ce qu’il veut… Pas plus tard qu'hier, on a assisté à une manif de campesinos en soutien au maire de Cocha, "Chaly". Sans débordement de violence rassurez-vous...
Evo
Morales précise: "Avant, en Bolivie, les riches étaient au pouvoir et les
pauvres luttaient contre les politiques d'inégalite. Et maintenant que le
gouvernement s'efforce de faire valoir les droits du peuple, on empeche
l'égalite sociale et la réduction des differences".
Que nous réserve la suite ?? Evo et le MAS devront-ils modérer leurs
attentes et la profondeur des changements sous peine de voir la violence
revenir, et à terme risquer l’éclatement du pays ? La Bolivie a souvent
fait machine arrière au dernier moment…
…à suivre…
Voilà, on a pas mal bossé tous les deux pour essayer de vous expliquer la
situation compliquée de ce pays… On n'est pas sur d’avoir tout compris et on espère que
ça n’aura pas été trop fastidieux, et que vous aurez pu y comprendre quelque
chose…
BRAVO A TOI QUI EST ARRIVE A LIRE JUSQU’ICI !!
CHAO !!
NB : liens vers des articles (nos sources, parcque ya pas que le routard et le lonely dans la vie!) au bout du message "Dans les vallées"
Commentaires
Nous avons tout lu !
Oui c'était long mais intéressant . Quelle histoire.
La colonisation a fait beaucoup de dégats !
Les photos montrent un pays plus triste que l'Argebtine mais que les couleurs sont belles !
A bientôt . Bisous
bravo
Linda la experiencia que tuvieron.....soy boliviana y vivo en Bordeaux...Estoy estudiando anthropologia y estudio sobre el tema de la coca aqui en europa...algo asi como representacion para europa....gracias por escribir sus experiencias me ayuda....hay un debate en el parlamento europeo bruselas sobre el tema coca en 4 de Marzo..los interesados pueden venir...Esta publicado en www.encod.org...
mi mail; beatriznegrety@hotmail.com
besos
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